Chantier permanent

Chantier permanent est un programme artistique situé, issu du rapport avec les invité·e·s, voisin·e·s et passant·e·s aux alentours de la Porte d’Aubervilliers. Ce programme se décline en plusieurs temporalités (résidences, ateliers, workshops), chacune destinée à construire sur le temps long une archive sauvage et collective regroupant documents, œuvres et paroles sur le quartier. Ce projet crée des espaces d'expression et se nourrit du regard d'artistes invité.e.s au fil des saisons.

Programme 2020 - 2021 : Chantier permanent

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La Station se situe sur une ZAC (zone d’aménagement concerté) appelée Gare des mines - Fillettes. Elle est délimitée à l’Est par la porte de la Villette, à l’ouest par la porte de la Chapelle, au nord par le boulevard périphérique et au sud par les voies ferrées du faisceau Est. Sa structure est morcelée : les îlots d’habitation de briques rouges, caractéristiques des contours parisiens, sont cernés par des infrastructures (boulevards, squares, canal, ligne de tramway, voies ferrées), frontières ressenties comme infranchissables.

Ce territoire en chantier est un lieu de passages et de flux continus, une architecture de l’entre-deux, un espace difficile à habiter. C’est une zone dense et représentative de nombreuses problématiques contemporaines. Ici, des tensions se dessinent au même rythme que la mutation urbaine : d’une part la disparition du cirque Bormann, l’implantation de grand sièges d’entreprises (Chanel, Véolia), l’arrivée des JO 2024 - d’autre part le manque de considération ressenti par les habitant.e.s des HBM en bordure de périphérique et les carences de l'accompagnement des personnes en grande précarité.

Progressivement, le désir de faire œuvre à plusieurs s’est lié à la nécessité de partager l'expérience de ces lieux, de témoigner, d’ouvrir des espaces d’expression et d’en garder ce qu’il en reste sous forme de traces, de gestes, de formes et de textes.

Le Chantier permanent œuvre donc à :

  • Poser des espaces d’attention collective et individuelle, d’émergence de formes, d'apprentissages situés réciproques et de lien social, toujours à l’écoute de l’à côté,

  • Trouver des formes et célébrer les tentatives de transformation d’une réalité commune

  • les lieux - et la part d’auteur.rice de chacun.e dans son récit,

  • Questionner les manières de faire œuvre, atelier ou rencontre, parce qu’il n’y a pas de façon de faire qui ne serait liée à une organisation sociale ou à un rapport au monde spécifique.

La composition du Chantier permanent se fait sur le temps long et se nourrit des dimensions sensibles du territoire : données visuelles et textures sonores, architectures et dispositifs scénographiques urbains. Une  attention est également portée aux gestes qui se déploient dans l’espace public, et la façon dont ils entrent en dialogue avec ce qui les entoure. Les formes sont issues ou générées par le paysage - que l’on entend ici comme ensemble d'interactions entre les humains, les non-humains, les animaux, les plantes, les objets - et les points de vue qu’il propose, les matériaux, les expériences singulières, jamais neutres ou objectives, que l’on en fait.

Line Gigot et Loyce Kragba, co-curatrices du programme Chantier permanent