Lou-Maria Le Brusq et Clara Pacotte

01.01–31.12.22

Des glaneuses

janvier 2022 - janvier 2023

Des Glaneuses est un projet de recherche théorique et formelle sur le glanage et le troc, en partant des relations historiques entre les femmes et la terre : de l’empowerment via une agriculture raisonnée, responsable et repensée, à des utopies re-situées géographiquement et historiquement, des contes, des témoignages, des archives et des illustrations. 

Cette résidence de recherche vise la création de deux formes qui vont se construire ensemble et s’affecter réciproquement : celle éditoriale, réalisée par le duo d’artistes qui prendra la forme de revues, et celle sculpturale : collective et qui prendra la forme d’une bibliothèque. 

Les revues du même nom - Des glaneuses - ne seront ni vendues ni données, mais troquées contre un multiple. Un multiple est un objet à tirage limité, du livre de poche au fanzine rare auto-édité, prints, disques d’artistes… Ces multiples constitueront le fond évolutif Des Glaneuses

Cette résidence permettra donc la réalisation de 4 numéros de la revue sur les thématiques de l’agriculture / la paysannerie, la communauté, la nourriture et le soin, ainsi que la création de la bibliothèque et du fond sur l’année entière, nourrie au fil de deux évènements de “lancements-troc”. 

Il s’agit donc d’articuler les temps de travail personnel des artistes à des temps de rencontre et d’échanges publics, rejouant en cela le déplacement de l’artiste entre son atelier, sa recherche personnelle,  et des temps d’ouverture et de partage de pratiques culturelles souvent présents lors des expositions. Ici l'œuvre sera pensée comme une forme ouverte et évolutive : du singulier au commun, pour partager des modes de relations, d’échanges, de gestes. 

Des glaneuses sera une collection in-situ. L'oeuvre-bibliothèque existe car la revue existe. Elle est la trace de la dispersion même de la revue, elle grandit tandis que les numéros se disséminent au gré des trocs. Son contenu est paradoxal et sauvage. C’est tout autant un milieu, une architecture et les objets qui l’habitent : sa forme est imprévisible, informe et en devenir.

Des Glaneuses refont des mondes, ramassent des idées. 

Des Glaneuses évoquent les glaneuses, les questions du genre et de la terre, les rapports à la nourriture, à la survivance, à l’agriculture, à la communauté, aux zones oubliées, aux pollens. 

Des Glaneuses bêchent des champs lointains et vastes, observent les graines préservées et conservées par les femmes puis plantées par leurs soins, remuent les sillons de leurs révoltes pour retourner la Terre. Des Glaneuses réfléchissent aux notions de vivre ensemble, au don, aux représentations, aux friches, à la culture, à la sous-culture, aux herbes folles et aux aromates... 

Des Glaneuses ne livrent pas des tonnes de denrées dans des gros camions mais encouragent celles qui vont à l’avant des cortèges en tracteur. Des Glaneuses sont la jachère, la nature reprend ses droits. Des Glaneuses parcourent les ares repris par les groupes d’agricultrices, les étendues de savoirs oubliés par la surproduction, cueillent les fleurs comestibles depuis des millénaires.

Des Glaneuses sont comme une carte faite de points qu’il faut relier pour voir apparaître une forme. Elles livrent des informations, des images, des phrases que nous avons recueillies dans les bibliothèques, les internets, les musées, les archives. 


Des Glaneuses sont gratuites, ou plutôt Des glaneuses s’échangent. 


Des Glaneuses circulent sans date de péremption, elles font le lien entre les solutions du passé et leur sœurs d’aujourd’hui.

Clara Pacotte

Clara Pacotte est artiste, autrice et réalisatrice. Elle travaille depuis plusieurs années, seule ou en collectif, autour de fictions mettant en scène principalement des personnages féminins. Elle s’intéresse à l’histoire et l’héritage culturel du milieu lesbien, et plus largement LGBTQ+. Ses écrits s'extrapolent toujours sous d'autres formes (audioguide, jeux de rôle, lectures performées par d'autres, films de docu-fiction). Elle s'attache à faire naître des ramifications entre tous ses projets en même temps que du lien entre la fiction et le réel. Elle a également créé avec l’artiste Charlotte Houette, le projet EAAPES qui est un groupe de recherche et de traduction autour des féminismes dans la science fiction. Elles ont publié cinq recueils de leur travail depuis 2017.

Lou-Maria Le Brusq

Lou-Maria Le Brusq est artiste, poète, directrice éditoriale de la revue Librarioli et co-éditrice au sein du collectif SILO. Par l’affirmation de la dimension écologique de son travail, Lou-Maria propose de penser la traduction du non-figurable et de l'indicible comme une pratique micro-politique. Cela se traduit par la création de situations — individuelles (textes, peintures) et collectives (installations, éditions, évènements ...) — où l'invention de nouveaux langages et leurs vocabulaires techniques nous invitent à considérer les manifestations étranges et plus qu'humaines de relations que nous avons ignorées, oubliées ou négligées. Les champs formels qu’elle développe sont ceux de l’indice et du signe, qu’elle envisage comme des espaces ouverts et accueillants, propices au développement de nouvelles sensibilités.