édition 10 ans
10 ans en 10 dates
Cette décennie tumultueuse semble impossible à raconter, tant elle se fonde sur des interactions informelles, des échanges sur le vif, des joies passagères et des enthousiasmes débridés. Une chose est sûre : en juin 2016, lorsque les fondateurs et responsables du Collectif MU David Georges-François et Olivier Le Gal ouvrent les portes de La Station pour une première convention d'occupation temporaire de 6 mois, personne n'aurait pu prévoir que l'aventure tiendrait 10 ans.
Ces 10 années se sont construites au fil de communautés spontanées, d'alliances soudaines, dans un état d'attention constant à ce qui nous entourait : un quartier aux marges traversé par des populations précarisées, des scènes artistiques à défendre, des publics à accueillir, des impératifs qui surgissent et font dévier le projet. S'il est impossible d'en tisser une histoire linéaire sans oublier des faits ou des intervenant·es essentiel·les, il nous paraissait important, avant de se lancer dans une nouvelle terra incognita, de marquer un jalon et de partir à la rencontre de celleux qui ont vécu La Station, au travers de 10 dates-clés esquissant une frise temporelle fragmentée faite d'invention, de rencontres, de crises et de fêtes.
Il en résulte une histoire (ch)orale où se croisent des programmateur·ices qui scrutent anxieusement le ciel, des scénographes qui bricolent une scène en tuyaux d'échafaudage, des psychologues qui transforment les loges en espaces de parole pour de jeunes exilé·es, des artistes qui creusent le sol au marteau-piqueur pour y construire un four à céramique de 500 kilos, ou des potes qui débarquent spontanément avec des balais quand il y a 4 000 mètres carrés à nettoyer avant l'ouverture.
Cette épopée collective, bancale et joyeuse, arrive aujourd'hui à un moment charnière : la Ville de Paris a choisi de consacrer une place pérenne à La Station au sein du projet de réaménagement du quartier, mais les travaux imposent une fermeture de près de 3 ans à partir de novembre 2026. Le collectif, qui repose à 85 % sur ses fonds propres, cherche un lieu pour traverser l'entretemps. Les prochaines années restent à écrire, dans un espace encore inconnu, à défricher et à réinvestir comme au tout premier jour.