Sonia Saroya et Edouard Sufrin

"Derniers Souffles" est motivé par l'étude du souffle produit par des composants électroniques tombés en désuétude. Résistances en carbone, diodes au germanium et transistors en silicium ont marqué l'histoire du développement technologique. Actuellement, nos sociétés numériques reposent sur un usage croissant de leurs successeurs miniaturisés dont des milliards d’unités sont produites chaque année et embarquées dans toute une série d'objets connectés. Il subsiste pourtant des stocks entiers de composants des premières générations. Souvent moins précis et plus sensibles aux perturbations extérieures, ils restent néanmoins fonctionnels.

En réinjectant un courant électrique, le composant reprend vie, mais le signal qui le traverse peut comporter des irrégularités. Cela confère à ces objets techniques une dimension organique, une sorte d'âme. Ce “souffle” peut être amplifié et diffusé par haut-parleur. Résonne alors un bruit de fond au timbre spécifique à chaque composant et aux propriétés des matières minérales dont il est composé. Proche d'un bruit blanc, mélange de toutes les fréquences du spectre audible, ce “souffle” peut évoquer des éléments naturels tels que le bruit du ressac, du déferlement de vagues, d'une fine bruine ou d'une pluie torrentielle. Les paysages sonores générés par "le dernier souffle" de ces déchets électroniques inspire la création de dispositifs sous forme de boîtiers industriels qui pourraient investir des sites au point de les envahir et pourquoi pas un jour, les submerger, paraboles de la montée des eaux à l'ère de l'anthropocène.

Sonia Saroya

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Sonia Saroya est passionnée par l'histoire de l'urbanisme. Elle s'intéresse aux changements de la ville, à nos chemins quotidiens, aux lieux qui construisent nos souvenirs. En revenant sur les évolutions de notre territoire, elle tente de comprendre comment les formes de nos villes et les esthétiques de nos paysages urbains participent à la construction de nos imaginaires. Elle mène en parallèle une réflexion sur l’édition de documentations techniques destinés à une diffusion open-source.

Edouard Sufrin

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Edouard Sufrin se questionne sur l'impact sensoriel de nos environnements technologiques, leurs influences sur nos mécanismes cognitifs et la place de la pensée dans notre société. Il puise son inspiration dans les phénomènes lumineux, artificiels ou naturels, l'histoire des sciences et des techniques, les propriétés des minéraux, le passé des vestiges industriels. Ensemble, ils développent des installations immersives, le plus souvent in-situ. Elles sont composées de dispositifs électroniques ou d’objets détournés qu’ils agencent dans des lieux particuliers. En jouant avec des lueurs, des faisceaux mécanisés, des sons spatialisés, des voix de penseurs, des documents d’archive, de la fumée ou du brouillard, ils tentent de composer des paysages. Ils jouent de nos réflexes et conditionnements pour créer des situations paradoxales. Ils cherchent à stimuler l’imaginaire, en proposant des expériences. En réactivant la mémoire de lieux, en faisant résonner des traces du passé avec les temps présents, il est question de mieux saisir les évolutions de notre société tout en proposant des moments d'évasion.